jeudi 10 septembre 2009

Prochainement à la Choucrouterie !

La Choucrouterie est un une petite salle strasbourgeoise qui produit chaque année une revue (succulente et truculente, deux versions l'une en alsacien, l'autre en français) de cabaret satirique mais aussi des pièces de théâtre traitant de près ou de loin de l'Alsace, de l'identité, de la résistance à la bêtise humaine, des bonnes et belles choses, mais aussi d'autres plus graves. On y rit, on s'y questionne, on peut aussi y manger et y boire un coup. De grands esprits s'y retrouvent autour de Roger Siffer qui en est l'un des piliers principaux et essentiels. Vous ne connaissez pas l'endroit ? Grave lacune que je vous souhaite passagère, ce haut lieu culturel changera votre vie, ne serait-ce que l'espace d'une soirée.
Vous trouverez ci-après mon dernier article à paraître dans le prochain numéro d'Hebdoscope (la semaine prochaine).

Vive la crise !
La Choucrouterie démarre la saison nouvelle avec « L’Alsace est morte, vive la crise », de et avec Patrice Muller, du 17 septembre au 11 octobre prochain. Une manière d’ouvrir le bal en calant dans l’actualité la danse des vieilles rengaines en isme : particularisme, régionalisme, alsacianisme et d’autres encore, mais sans tomber dans ces débats qui nous rappellent le siècle passé. L’Alsace vit maintenant au rythme du tram et du TGV, la mondialisation universalise la crise et les questions identitaires évoluent, malgré tout, passant de l’économie à la société et à la famille.

Patrice Muller, digne fils de Germain Muller et Dinah Faust, n’est pas tout à fait un inconnu au 20 de la rue St Louis puisqu’il a signé l’an passé quelques sketches de la Revue. Les plumes locales n’étant pas légion, il a ensuite été sollicité par la Chouc’ pour écrire une pièce en français, en rapport avec l’Alsace mais ne traitant pas nécessairement de son identité, comprenant une dose non négligeable d’humour, sans cependant tomber dans le style du cabaret satirique.
« L’Alsace est morte, vive la crise » propose, en une succession de quinze tableaux, de porter un regard oblique sur le quotidien, avec des questions inattendues, des réflexions qui dérangent, des remarques amenant le décalage. Si dans le titre, l’auteur affirme que l’Alsace est morte, c’est surtout pour affirmer que tout a été dit et redit sur la question régionale, sur l’identité et la culture et que ces domaines ont été maintes fois explorés. Il n’est donc pas indispensable de sortir les vielles histoires de la naphtaline et de se complaire dans des évocations nostalgiques d’un âge d’or révolu. La crise, par contre, est plus vivante que jamais. Touchant tous les domaines de la vie quotidienne, elle dérange nos certitudes et rend nos lendemains incertains. Dans la pièce, son rôle est celui du prétexte, du révélateur qui donne la couleur à la toile de fond, de la porte qui permet d’accéder à ces vies anonymes face à un environnement dont les règles évoluent trop vite.

Patrice Muller partage la scène avec Maud Galet-Lalande et Franck Lemaire, dans les rôles respectifs du père et de ses deux enfants. Ils incarnent ces destins face à un avenir aux contours flous et aux données perpétuellement en mouvement. Leur questionnement les renvoie vers les liens qui les unissent et les relations qui en découlent. La crise passe du plan économique à celui des rapports humains et sociaux, mettant en évidence leurs fragilités et soulignant leurs failles. Les décalages générationnels craquèlent le vernis familial et les fissures apparaissent, irrémédiablement.
Les trois comédiens interprètent plusieurs rôles, dans un jeu d’écriture qui les ramènent en-deçà de leurs personnages, projetant leurs propres vies dans cette trame mouvante, parfois irréelle. On y croise ainsi une institutrice, une chômeuse, un cosmonaute, un fou chantant, et tout ce beau monde se croise, se cherche, se perd, se retrouve… en bref, ça vit ! Cependant, même si le texte reste réaliste, il nous propose quelques rencontres improbables qui lui apportent la juste dose de poésie, la part de rêve qui rend tous les avenirs possibles. Le ton en est souvent fantaisiste voire ironique et drôle, mais les mots y conservent néanmoins leur part de gravité.
La scène de la Chouc’, avec la proximité qu’elle offre au public, promet là une pièce originale sortant des sentiers battus, riche en décalages et en émotions, où l’absurde côtoie le réel, avec humour et tendresse.

Pour aller sur le site de la Chouc' cliquez sur http://www.theatredelachouc.com/

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